Dieu, tu marches à mes côtés.
Tu traverses mes sentiers…
Chaque jour.

Ta présence me soutient,
me réconforte
Parfois, je reste sans mots.
Je reste sans voix.

Puis l’on m’appelle,
on me demande
Raconte-nous Dieu.
Je ne sais que dire.

Tu es au-delà des mots.
Au-delà de tout.
J’arrive à peine à balbutier.

J’apprends à te dire, Dieu,
J’apprends à me dire en toi, Dieu.
Fais-moi la grâce de me connaître.
Fais-moi la grâce de
te reconnaître…
en moi.

Guylain Prince, OFM,
in La Nouvelle Revue Franciscaine, nov. 2008

Source photo : Andrew Garfield dans le film de Martin Scorcese, Silence

“Si le règne de Dieu continue de faire irruption dans notre monde, on doit le remarquer. Percevoir le royaume de Dieu ne signifie pas connaître le temps ou le lieu de sa venue. La connaissance qui compte ici n’est pas informationnelle (Où? Quand?) ni théorique (Qu’est-ce exactement, le Royaume?). Les préoccupations concernant le moment où se manifestera le règne de Dieu détournent notre attention de la réponse pratique à l’urgente invitation à y entrer.

L’horizon du Royaume de Dieu nous invite à prêter attention d’une nouvelle manière à l’expérience ordinaire. (…) Certes, une interprétation adéquate est nécessaire, mais il faut d’abord que quelque chose se passe dans l’expérience pour qu’on l’interprète. La perception fondée sur cette espérance nous ouvre à ces temps extraordinaires où Dieu prend des initiatives particulières dans la vie des individus et des communautés.”


William C. Spohn
, Jésus et l’éthique.

Le Royaume est déjà là…

Et voilà, ne pas chercher de-ci de-là, ne pas attendre de l’extérieur, ne pas dire “le voici, le voilà” et agir comme ces enfants jamais contents qui disent tantôt oui tantôt non, jouent de la flûte et pleurent à la fois du même objet.

Le Royaume est déjà là, et c’est dans nos vies qu’il se manifeste.

Alors je poursuis ma réflexion sur le possible rapport entre la spiritualité chrétienne et l’homosensibilité. Je me demande en quoi l’expérience de l’homosensibilité apporte quelque chose de nouveau à l’humanité et si je suis bien disposé à laisser cela advenir.

Tant de peurs, tant de résistances, tant de conditionnements à défaire pour pouvoir être soi, pour laisser l’Être advenir et se déployer. Et qu’est-ce que le Royaume de Dieu sinon l’espace et le temps où il peut exercer son Règne, l’espace et le temps où je le laisse être en moi, où je me laisse être et porter par Lui?

Je ne l’ai pas choisi. Je suis loin d’avoir imaginé ce qui arriverait. Longtemps il m’a semblé que c’était une sorte de malentendu. Mais si malentendu il y avait, il n’était qu’avec moi-même. La vérité est que la recherche du Royaume, m’a amené à accepter l’homosensibilité et, ce faisant, a entraîné une révolution intérieure qui n’est pas terminée et qui refonde complètement ma vie spirituelle.

Dans l’expérience d’être gay, si elle est libre et acceptée comme un don de Dieu, il y a tellement à découvrir. J’imagine bien que ces propos ne sont pas acceptables pour tous, beaucoup ne sont ni prêts ni préparés à les recevoir et jugent plus commode de rejeter en bloc ce qu’ils ne savent pas encore imaginer, ce qui leur est étranger et leur apparaît comme inconcevable.

Je ne sais plus qui a dit que ne pas concevoir quelque chose, c’est faire preuve de manque d’imagination. Pour ceux qui n’ont pas cette imagination et qui se défendent en arguant que c’est parce qu’ils ne veulent pas en avoir, cela doit être déjà bien triste.

Peu importe. Le Règne de Dieu est là, le ferons-nous attendre? Il ne nous est pas extérieur, il est en nos vies quand elles chantent la grandeur et la beauté de l’existence sans s’emmêler dans les conformismes ambiants. Le Règne de Dieu, c’est cet élan de liberté et de beauté à la fois qui fait grandir et rend si fort que, même face à la mort, on ne pourrait revenir en arrière.

Non je n’ai pas choisi d’être homosensible. Je l’ai refusé, refoulé, renié autant que j’ai pu et j’ai cru être un bon chrétien en faisant cela. Or, je découvre que c’est dans cette dimension que le Christ m’attendait, qu’il était dans cette part d’humanité et qu’il m’y aimait tendrement alors que moi je ne m’aimais pas. Je me fuyais et le fuyais en même temps.

Y a-t-il une spiritualité gay ?

J’en viens à cette question qui m’habite depuis quelque temps et pour laquelle je n’ai pas encore de réponse : y’a-t-il une spiritualité gay ?

On peut penser que non car le Christ est le même pour tous et englobe toute l’humanité, on peut le penser d’autant plus que la tendance naturelle des homosexuels croyants semble être d’insister sur le fait que rien ne les distingue des autres humains. Mais en même temps, en découvrant et en acceptant mon homosexualité, sans rougir et sans honte, en tant que chrétien, je découvre une profondeur et une richesse dans ma vie dont je m’étais privé. Des portes s’ouvrent sur le sens de mon existence, le sens de l’amitié du Christ pour moi et pour tout homme, sur la manière dont Dieu me parle et m’aime. Il semble qu’il y ait des thématiques qui me touchent davantage ou autrement qu’en me pensant hétéro, et elles me touchent parce qu’elles fondent, parce qu’elles m’ouvrent à un espace intérieur insoupçonné jusque là. Parmi ces thématiques, celle du Retour à soi et à l’Être, celle de l’amitié et de l’Ami Idéal, celle de la communion des coeurs, celle de la beauté ressentie qu’elle soit humaine, esthétique ou artistique, etc.

Si le Royaume est déjà là au coeur de nos expériences, pour moi il prend la forme de l’acceptation de l’homosensibilité et de l’ajustement de ma vie intérieure à cette réalité. Je repose alors ma question : y a-t-il une spiritualité spécifique aux gays ? Y a-t-il une manière spécifique d’être en relation avec le Créateur par le fait d’être gay ? Un chemin intérieur, et spirituel, spécifiques? Si oui, est-il déjà formalisé quelque part? Faut-il approfondir cette voie?

J’aime poser des questions. 🙂

Z – 24/01/2017

Source photos : el beso et los manos sur cristianosgay.com

“La raison pour laquelle notre religion a pénétré cette région comme une eau généreuse une terre desséchée tient à la chaleur humaine, jusqu’alors inconnue qu’elle apportait à ces pauvres gens. Pour la première fois, ils ont rencontré des hommes qui les traitaient comme des égaux, la bonté et la charité des pères gagnèrent ainsi leur coeur.”

Shûsaku Endô, Silence.

L’Evangile est Bonne Nouvelle, bonne nouvelle que tu es aimé de Dieu, qui que tu sois, quelles que soient les circonstances de ton existence, quel que soit ton destin. Dieu t’a voulu libre et heureux, et il est venu le temps de la libération de l’humanité, le temps du salut.

Assez des vieilles peurs, des ostracismes en tout genre, des enfermements et contrariétés qui empêchent l’être de jaillir librement pour le bonheur et la joie de tous.

L’Evangile est Bonne Nouvelle, nouvelle du salut. A l’instar de ce qu’en dit Shûsaku Endô pour les paysans japonais, cela a été vrai de nombreuses fois dans l’histoire. L’Evangile a d’abord pénétré le monde des esclaves, des étrangers, des parias, le monde des pauvres, des affamés, le monde des exploités. En même temps qu’ici ou là, l’Eglise s’institutionnalisait et reproduisait en son sein des contraintes et exploitations qu’elle était sensée dénoncer et combattre, il y eût toujours des amoureux fous de la libération, travaillés de l’intérieur par l’Evangile et qui défendaient la cause des opprimés, le rachat des esclaves, l’attention aux lépreux, l’éducation des pauvres, l’égalité des garçons et des filles…

Il y eût toujours des prophètes, des hommes et des femmes qui apportaient cette chaleur humaine, ce respect dû à chacun et qui se battaient pour le faire respecter, si ce n’était en mots, cela était en actes.

Oui, l’Evangile est Bonne Nouvelle, bonne nouvelle pour tous. Je me demande pourquoi ce mouvement de libération que décrit Shûsaku Endô n’a pas encore concerné la gente homosexuelle. Y aura-t-il des chrétiens, assez de chrétiens, pour témoigner que l’Evangile est annoncé aux personnes telles qu’elles sont, les saluent, les considèrent dans leur dignité et restaurent la beauté de leur humanité dans leurs droits à exister, à s’épanouir et à contribuer au bonheur de tous ?

Je rêve que l’Evangile apporte cette chaleur humaine tous ceux qui se sentent réprouvés à cause de leur homosensibilité. Tous, y compris ceux qui sont déjà attachés au Christ, et à qui on a laissé croire que le Christ les réprouvait.

Z – 22/01/2017

Source photo : 1. Andrew GArfield et Yôsuke Kubozuka, 2.Andrew GArfield et Shinya Tsukamoto, dans le film de Martin Scorcese Silence d’après l’oeuvre de Shûsaku Endô.

 

Puisqu’il n’en est pas une, on comprend pourquoi Dieu n’aime pas les idées. Par l’un de ses commandements, Il nous demande de ne pas nous faire une image de Lui. Or, Lui qui est sans image, nous a créés “à son image”. C’est donc que Lui non plus ne veut pas se faire d’image de nous. Il nous veut libres des idées, celles qu’on se fait de Lui, de notre prochain et de nous-même.

Sans les Evangiles, on voit Jésus briser les glaces dans lesquelles notre reflet se fige. On le voit passer outre la réputation de la prostituée. On le voit crever le costume du centurion pour aller au coeur de la personne dans ce qu’elle a de réel, de charnel, d’irréductible.

Jésus n’est pas d’abord venu  pour juger, selon une certaine idée, mais pour aimer. L’adultère l’intéresse donc moins que la femme adultère. Le vol l’intéresse moins que Zachée. Et l’homme, comme idéal, suscite en lui moins d’attention que Jacques et Jean, Madeleine, Lazare.

 

Martin Steffens, in Les Essentiels de La Vie, 12 janvier 2017.

 

 

Source photo : Eugin Cöre, Cara con Chanfle sur flickr et facebook

 

Les amoureux de l’Amour

Il est une espèce de garçons plus terrible, dangereuse et sournoise encore que celle des hétéros ambigus : les amoureux de l’amour. Ce n’est pas vous, la prunelle de leurs yeux, vous n’êtes pas cet objet qui fait battre leur palpitant à tout rompre, ce n’est point pour vous ces mots tendres chuchotés à l’oreille, pas pour vous qu’ils sont prêts (en parole) à l’impossible, à l’indicible. Non, c’est pour le sentiment amoureux. Au nom de l’amour, ils sacrifieraient père et mère, se trancheraient un membre avec une scie rouillée. Mais pour vous-même, vous en tant qu’être de chair et de sang, perclus d’humanité et donc de défauts, à peine oseraient-ils se piquer le bout du doigt avec une aiguille…

Heureusement, on peut les reconnaître facilement, si l’on prend la peine de fouiller quelque peu dans leur passé. L’amoureux de l’amour a grandi en solitaire ou s’est confiné dans son propre monde. Il s’est forgé l’esprit et le coeur à travers des lectures romantiques, passionnées, tragiques. Il s’émerveille facilement, un rien le touche, la moindre attention à son égard semble paroxystique. Il aime, oui, à n’en pas douter. Il peut vous déclamer des poèmes dithyrambiques, mais vous ne serez jamais ni sa muse ni son destinataire : c’est Cupidon qui l’est. Son amour de l’amour est tel qu’il préfère que la concrétisation du noble sentiment ne se réalise jamais, tout en souffrant qu’elle s’éloigne de lui. Mais cette souffrance le nourrit jusqu’à la lie, jusqu’à le rendre masochiste. “L’homme est un apprenti, la douleur est son maître et nul ne se connaît tant qu’il n’a pas souffert”, écrivit Musset qu’il cite par coeur, à tout crin.

Le coeur de l’amoureux de l’amour s’emballe pour un rien et souvent à sens unique. Il sait que son émoi ne sera jamais réciproque et cette impossibilité le trouble à la pâmoison. Un copain de classe, puis un collègue, un garçon croisé dans le métro ou dans la rue, il imagine chacun comme un chevalier sur son fidèle destrier, prêt à la conquête d’un lointain château et à qui il tendra son mouchoir. Il se sent Pénélope attendant inlassablement Ulysse. Même si cet Ulysse en question ignore tout de son existence. Et cet amour imaginaire lui suffit, le comble d’extase. Jusqu’au prochain coup de coeur.

Je fus l’un de ces hères. Dans mon adolescence, je tombais amoureux tous les jours, je me languissais, m’inventais un futur avec la personne sur qui j’avais jeté mon dévolu, un mariage, un voyage, une destinée. Je me souviens même avoir noté dans un carnet chaque fois que le premier garçon qui me révéla à moi-même, au lycée, me serrait la main. Mon coeur battait la chamade, l’Amour apparaissait enfin et prenait ses traits. Mais avec le recul, ce n’était pas lui que j’affectionnais, mais l’idée d’avoir quelqu’un qui envahissait mes rêves et mes fantasmes. Fort heureusement (ou malheureusement, c’est selon), la réalité du monde gay a brisé mon côté fleur bleue, le piétinant joyeusement, m’aguerrissant de ces choses-là et j’ai su ce qu’aimer vraiment voulait dire, aimer quelqu’un et non la simple idée de l’aimer lui.

M. l’Ex était ainsi, lorsque je l’ai rencontré. Il n’avait encore jamais vraiment eu de compagnon. Le seul copain qu’il eut précédemment le considérant plus comme un objet sexuel qu’autre chose. Dès lors, moi qui m’intéressais vraiment à lui, je devenais l’Amoureux avec un A si majuscule qu’il me fit peur. Lorsque je lui disais un mot un peu moins gentil que la veille (nous ne sommes pas toujours constants), je recevais de sa part un mail le lendemain, long comme la “Chanson de Roland”, dans lequel il tempêtait, clamait sa souffrance, s’imaginant au bord d’une falaise du haut de laquelle je le poussais dans le vide. Rien que ça. Mais si j’avais été particulièrement tendre et touchant, alors je recevais un autre mail, tout aussi long, vantant mes qualités qui paraissaient alors aussi innombrables que les étoiles du firmament. Constatant que j’avais affaire à un amoureux de l’amour, je préférais casser le mythe qu’il créait autour de ma personne, pour lui révéler qui j’étais réellement, afin qu’il m’aime moi et non l’idée qu’il se faisait de moi (ce qui se retourna contre moi au bout du compte, mais ceci est une autre histoire). L’ambiguïté prit fin. Il a depuis regagné ses rêves peuplés de licornes bleutées, de farfadets facétieux et de romantiques ténèbres, avec un compagnon tourmenté par l’amour version Rilke, joignant de concert leurs paumes ensanglantées en guise de serment éternel.

Je pourrais aussi vous citer Disneyman (surnommé ainsi pour son incommensurable passion pour les dessins animés estampillés Disney et les insupportables chansons qui vont avec). Trentenaire, bourré de charmes et de qualités, le garçon vivait seul et n’avait jamais connu les joies et peines du couple. Alors qu’il les désirait ardemment. Il est revenu dans ma vie régulièrement, lors de mes périodes de célibat. A chaque fois, je bénéficie d’une cour romantique et effrénée (j’ai tout de même réussi à échapper à la peluche Mickey qui tient un coeur dans ses mains à quatre doigts) et à chaque fois, nous franchissons des étapes qui pourraient conduire à une relation. Mais au moment fatidique, quand les choses commencent à se concrétiser tout doucement, il remballe ses élans et les emmène vers un autre garçon à qui il va compter fleurette de la même manière. Un peu comme un adulte qui n’en finirait plus de faire des études, s’inscrivant de fac en fac, afin de n’avoir jamais à affronter le monde du travail. Car l’amour est un travail, un vrai. Qui demande patience, énergie, force et courage, avec un salaire au bout (de misère ou le jackpot). Mais pour cela, il faut laisser ses rêves d’adolescent de côté et se laisser guider dans le monde réel. Et ce n’est visiblement pas donné à tout le monde…

Sources : Mes Invertissements via Anotherdaylight (site fermé), publication du 12 mars 2013.

 


Je reproduis cette excellente réflexion, alors que l’auteur a également arrêté ses activités de blogueur pour des raisons tout à fait louables (ici).

En lisant ce texte, dès les premières lignes, une crainte m’assaille. Je me reconnais dans la description qui est faite et je vois bien où il veut en venir. Les amoureux de l’Idée sont-ils des amoureux réels ? C’est triste, cette affaire ! Heureusement, l’auteur confesse être lui aussi tombé dans ce piège et, apparemment, s’en être sorti. Tous les espoirs sont donc permis.

Reste que… Il me vient à penser que nous les cathos qui n’avons pas su reconnaître et assumer notre dimension homosexuelle et qui avons commencé à vivre et nous comporter comme si elle n’existait pas, nous nous sommes habitués à aimer l’image de l’Ami Idéal. Une construction de toutes pièces qui permettait à la fois d’assumer, en quelque sorte, et de sublimer. Parfois, nous l’avons mêlée à la vie spirituelle et en avons recueilli des consolations, un endroit où l’on pouvait vivre un amour parfait, attendu, espéré et que nous ressentions plus ou moins comme promis , puisqu’il était déjà là. Parfois, peut-être, nous l’avons confondue avec Jésus, l’Ami Idéal et nous avons rêvé de cette amitié pure et parfaite et complète. Je dis bien : nous avons rêvé.

Rien de ce que nous avons découvert sur la vie spirituelle, la grandeur et la présence de Dieu en nos vies, n’est faux. Mais, si nous avons rêvé, il nous faut maintenant… nous réveiller !

Z – 14/01/2017